
Pour faire une ouverture dans un mur porteur, un bureau d’études calcule d’abord le poids que le mur supporte et la poutre nécessaire pour le reprendre. Le maçon soutient ensuite le plancher avec des étais, découpe le mur, puis pose la poutre sur deux appuis solides.
Dans une maison ancienne aux murs de pierre de 55 cm, le maçon ouvre le mur en deux fois, une face après l’autre. Dans un immeuble en béton, il scie le mur d’une traite puis renforce le contour de l’ouverture.
Cet article explique :
- comment étayer selon le sens du plancher,
- quelle méthode de pose choisir dans un mur en brique, en parpaing ou en pierre,
- comment traiter un mur en béton
- quels accords demander à la mairie ou à la copropriété.
Ce que l’ouverture d’un mur porteur change dans la répartition des charges
Un mur porteur reçoit le poids des planchers, de la charpente et des murs situés au-dessus. Il le transmet ensuite de façon répartie sur toute sa longueur jusqu’aux fondations.
Pourquoi les appuis de la baie deviennent-ils des points sensibles ?
L’ouverture d’un mur porteur interrompt cette transmission sur la largeur de la baie. Le linteau récupère la charge de la zone découpée et la renvoie vers ses deux extrémités, qui deviennent des points d’appui fortement chargés. La maçonnerie de part et d’autre, puis la fondation située dessous, reçoivent donc un effort concentré, bien supérieur à celui qu’elles supportaient auparavant.
L’effet de voûte, un report naturel qui dépend des étages supérieurs
En maçonnerie, une partie du mur situé au-dessus de la baie se reporte d’elle-même vers les côtés par effet de voûte. Le linteau porte alors surtout le triangle de maçonnerie compris entre ses appuis, à condition que la hauteur de mur au-dessus reste suffisante et continue. Lorsqu’un plancher, une fenêtre d’étage ou un conduit traverse ce triangle, l’effet de voûte disparaît et la poutre reprend l’intégralité des charges. Deux ouvertures de même largeur, percées dans la même maison, peuvent donc demander des poutres de tailles très différentes. Sous un mur plein, l’effet de voûte soulage le linteau et un profilé modeste suffit. Juste sous une fenêtre d’étage, la poutre reprend tout le poids situé au-dessus et doit être nettement plus forte.
Qui calcule la charge à reprendre avant de percer ?
Le calcul de descente de charges chiffre ces efforts. Il sert ensuite à dimensionner la poutre, ses appuis et, si besoin, un renfort de fondation. C’est le rôle d’un bureau d’études de structures, qui remet une note de calcul et des plans d’exécution que l’entreprise suivra sur le chantier. Sa visite commence par un relevé des désordres existants, car certaines fissures dans une maison trahissent un tassement de fondation qu’il faut traiter avant toute découpe.
Comment faire une ouverture dans un mur porteur en gardant la structure soutenue ?
Pendant la découpe, les charges transitent par un appui provisoire jusqu’à ce que le linteau soit calé et scellé. La disposition du plancher situé au-dessus du mur détermine la façon d’étayer.
Étais et bastaings, la solution quand les solives reposent sur le mur
Dans la plupart des maisons, les solives ou la dalle du plancher haut s’appuient perpendiculairement sur le mur porteur. On place alors des étais métalliques de chaque côté du mur, coiffés d’un bastaing ou d’un madrier qui répartit l’effort sous le plafond. Le pied des étais repose lui aussi sur un répartiteur. Un plancher bois au rez-de-chaussée ou un vide sanitaire impose parfois de prolonger l’étaiement jusqu’au niveau inférieur.
Un même étai télescopique porte nettement moins sous un plafond de 3 m que sous un plafond de 2,40 m. Presque entièrement déployé, son tube intérieur fléchit plus facilement sous la charge. Les plans d’exécution fixent donc le modèle, le nombre et l’écartement des étais d’après la hauteur à atteindre et la charge calculée. Dans une maison ancienne aux plafonds hauts, il faut souvent des étais plus longs ou plus rapprochés.
Pourquoi recourir au chevalement quand les solives filent parallèlement au mur ?
Prenons une maison de ville des années 1930 dont les solives courent dans le même sens que le mur. Un étaiement sous le plafond soutient alors le plancher et laisse la maçonnerie au-dessus de la baie livrée à elle-même. Le chevalement répond à ce cas. On perce le mur juste au-dessus du futur linteau, à intervalles fixés par le calcul. On glisse ensuite dans chaque trou une aiguille, poutrelle métallique ou bastaing, soutenue par un étai de chaque côté.
Le poids du mur supérieur descend alors par ces aiguilles vers les étais, et la partie basse peut être démolie. Cette méthode convient aussi aux murs en moellons très épais, dont la maçonnerie se tient mal au-dessus d’une découpe. Les trous des aiguilles sont rebouchés une fois le linteau mis en charge.
Quelles autorisations obtenir avant de percer un mur porteur ?
Le cadre administratif dépend de l’emplacement du mur et du statut du bâtiment. Il pèse sur le calendrier, surtout en copropriété, où le vote conditionne la date de démarrage.
Maison individuelle ou copropriété : qui donne son accord ?
Dans une maison individuelle, un mur porteur intérieur échappe aux formalités d’urbanisme. Cependant, si vous souhaitez percer un mur de façade, cela va modifier l’aspect extérieur du bâtiment. Ces travaux relèvent donc d’une déclaration préalable en mairie, avec un avis de l’architecte des Bâtiments de France en secteur protégé.
En copropriété, le règlement classe presque toujours le gros œuvre, murs porteurs compris, parmi les parties communes. Le copropriétaire qui souhaite faire une ouverture dans un mur porteur doit obtenir l’autorisation de l’assemblée générale à la majorité de l’article 25. Il s’agit de la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents ou absents. Si le projet recueille au moins un tiers des voix, un second vote peut avoir lieu immédiatement à la majorité de l’article 24. Le dossier joint à la convocation comprend la note de calcul, les plans du bureau d’études et l’attestation d’assurance de l’entreprise.
Quelles assurances couvrent l’ouverture d’un mur porteur ?
Une modification de mur porteur touche la solidité de l’ouvrage. Elle fait donc partie des travaux couverts par la garantie décennale. L’entreprise présente une attestation valide pour l’activité de maçonnerie ou de gros œuvre avant la signature du devis.
La loi impose au maître d’ouvrage de souscrire une assurance dommages-ouvrage pour ce type de travaux. En cas de désordre, elle préfinance les réparations avant toute recherche de responsabilité. Le maître d’ouvrage évite ainsi des mois d’attente entre les assureurs des différentes parties.
Récapitulatif des solutions selon le type de mur
| Situation | Maintien pendant les travaux | Mise en œuvre du linteau | Point de vigilance |
| Porte ou passage dans un mur en parpaing ou en brique | Étais et bastaings de part et d’autre | Poutrelle sur sommiers | Qualité de la maçonnerie sous les sommiers |
| Baie large ou jambages fragiles | Étais, ou chevalement si les solives sont parallèles au mur | Portique métallique sur semelles | Renfort de fondation sous les poteaux |
| Mur en pierre de plus de 30 cm | Étaiement des deux côtés, chevalement si besoin | Deux demi-poutres reliées | Tenue des moellons pendant les saignées |
| Voile en béton armé | Étaiement du plancher haut | Sciage diamanté, puis cadre acier ou renfort carbone | Compensation des armatures coupées |
Après la dépose des étais, les appuis poursuivent leur mise en charge pendant plusieurs semaines. Un léger tassement reste possible sous les nouvelles charges ponctuelles. Poser un témoin ou une jauge de suivi de fissure sur les jambages et sur le mur situé au-dessus de la baie donne une mesure objective de ce mouvement. En cas de désordre, ces relevés datés constituent une pièce utile face à l’assureur de l’entreprise.
